Diversité et inclusion : le point de vue d’une femme dans le secteur automobile

June 16 2021
CBB

Par Yolanda Biswah, vice-présidente, Ventes chez Canadian Black Book

De nos jours, l’égalité est un sujet qui fait la manchette; elle constitue en effet un pilier important d’une société véritablement civilisée. Si j’aborde le sujet de l’égalité, c’est parce que celle-ci a eu un impact profond sur ma vie et mon expérience dans l’industrie automobile au Canada. Mon cheminement a certes eu des hauts et des bas, mais c’est mon parcours à moi et je le partage volontiers, en espérant qu’il puisse en aider d’autres à voir plus clairement leur propre route.

Je suis née en Guyane, un pays situé sur la côte nord-est de l’Amérique du Sud. Sur le plan culturel, la Guyane est étroitement liée à la région des Caraïbes. Environ 30 pour cent de sa population est d’origine africaine, et près de 40 pour cent d’origine antillaise. Chez moi, tout le monde me ressemblait, et les mots « immigrant » ou « minorité » m’étaient inconnus. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à accepter le mot « minorité », que je perçois comme négatif et qui me semble faire abstraction de la personne, de qui elle est et d’où elle vient.

Yolanda Biswah

Je suis arrivée au Canada en 1982 à l’adolescence. J’ai grandi à Scarborough, en Ontario, et j’ai habité cette région durant la plus grande partie de ma vie. À l’école j’ai dû doubler une année car je venais d’un autre pays. Au secondaire, j’avais donc un an de plus que mes camarades. Ceci a eu un impact important sur moi; j’ai eu du mal à m’intégrer et je me sentais comme une étrangère.

Je me souviens qu’une fois, lorsque j’avais 17 ans, je marchais seule dans un stationnement lorsqu’une voiture est arrivée à côté de moi et l’occupant m’a crié « retourne dans ton pays! » J’ai eu peur, c’est certain. Malheureusement, 30 ans plus tard je vis encore des expériences semblables.

Je suis arrivée dans le secteur automobile après sept années dans le domaine de la mobilité. Mon premier emploi consistait à gérer plusieurs centres d’appels qui offraient du soutien aux consommateurs et aux marchands. Je me souviens de ma première expérience en personne avec un client, dès le premier jour. À l’époque les consommateurs pouvaient encore publier une annonce en venant au kiosque du bureau. Un client est passé pour annoncer sa Barracuda 1968, violet foncé avec les sièges en cuir noir d’origine. J’ai été fascinée par son histoire, la

raison pour laquelle il vendait la voiture, la beauté de celle-ci. C’était la première fois que je voyais une Barracuda 1968; j’étais tellement captivée que je suis montée dans la voiture pour faire le tour du bloc avec l’inconnu. J’ai appris plus tard que ceci était interdit et que ce n’était pas une bonne idée. Cela a toutefois déclenché en moi une passion pour les anecdotes et les expériences des gens, passion qui m’anime encore aujourd’hui et qui m’a finalement conduite à une carrière dans le service à la clientèle et la vente.

Aujourd’hui, je peux dire que j’ai une carrière réussie dans le domaine automobile. J’y travaille depuis plus de 15 ans et j’ai occupé plusieurs postes de direction et de vente. Je fais désormais partie de l’équipe de direction de Canadian Black Book.

Je sais que tous les parcours renferment des obstacles. Notre industrie, on le sait, est dominée par des hommes blancs, dont beaucoup sont mes associés et amis proches. Ceci est en partie dû à des normes anciennes, mais depuis un certain temps j’observe que les traditions ont commencé à changer, et l’on voit de plus en plus de candidats aux origines diverses.

Tout au long de mon parcours dans le domaine automobile, j’ai souvent accepté des postes où j’étais moins payée et j’avais moins d’avantages que des hommes occupant le même échelon. Plus d’une fois, j’ai été exclue d’un poste ou d’une promotion au profit d’un collègue masculin moins expérimenté.

Ce phénomène est présent dans de nombreuses industries. L’on dira que la personne en question était peut-être mieux outillée pour le poste. Chose certaine, on ne le saura jamais tant que l’on ne donnera pas une chance égale et équitable à tous les candidats.

Il est important d’en parler. Depuis que j’ai commencé à le faire, j’ai appris que je ne suis pas seule et que d’autres ont vécu la même chose. D’autres ont rencontré des obstacles différents, mais qui ressemblent tout de même aux miens. C’est en en parlant que nous aiderons à faire avancer la cause et que nous pourrons résoudre les difficultés.

Je me souviens de Ruth McBride me parlant de l’expérience qu’elle a vécue lorsqu’on lui a refusé un poste de direction parce qu’elle n’avait pas de MBA. Ceci n’est pas rare, car beaucoup de femmes, comme moi, étaient occupées à élever de jeunes enfants durant les années où la plupart des gens font des études supérieures en administration. Ce n’est pas une excuse, c’est tout simplement là où étaient mes priorités à l’époque. Aujourd’hui, il est très encourageant de voir que la proportion de diplômées d’un MBA est de 46 pour cent, alors qu’elle n’était que de 39 pour cent il y a dix ans.

La discussion est lancée, et elle gagne de l’ampleur. Le fait que des dirigeantes de haut niveau, Maria Soklis par exemple, profitent de leurs différentes plateformes pour sensibiliser les gens à ce sujet est un premier pas important pour faire évoluer les mentalités. Aujourd’hui, les entreprises entament un dialogue à l’interne, forment des comités et offrent de la formation pour mieux faire comprendre la diversité et l’inclusion.

Depuis quelques années, j’ai le privilège de travailler pour Canadian Black Book, une entreprise très diversifiée. Notre société mère nous permet de participer aux ateliers sur la diversité et l’inclusion de Hearst Business Media, dans le cadre desquels des experts des universités Harvard et Cornell présentent des stratégies pour aider nos dirigeants à changer la culture organisationnelle afin de la rendre plus inclusive.

Chaque jour je constate que je ne suis pas seule. Je sais très bien que l’expérience de chacun est différente en fonction de la race, du sexe, de la religion, etc. Chacun a son histoire. À titre de femme noire occupant un poste de direction dans cette industrie, je souhaite aider d’autres femmes à tirer partie de mon expérience. Je veux prendre contact avec tous ceux et celles qui luttent pour l’inclusion et l’égalité et former un réseau de soutien.

Bref, il faut poursuivre la discussion, sans quoi nous perdrons l’élan positif qui a déjà été gagné. Recherchez des personnes qui partagent votre point de vue et formez des alliances. Ne soyez pas intimidé et n’ayez pas peur d’aller vers des personnes que vous admirez et qui ont connu des difficultés semblables aux vôtres. D’après ma propre expérience, ces personnes sont toujours prêtes à écouter et à partager leurs connaissances et leurs conseils précieux.

Le secteur canadien de l’automobile, à l’instar d’autres domaines de l’économie et de la société, a fait beaucoup de chemin à cet égard.

Nous le savons, à la lumière d’événements récents qui ont été très médiatisés, il reste encore beaucoup de travail à faire dans notre société, notre culture et – il faut le dire – notre entreprise pour nous rapprocher encore davantage de la lumière qui nous attend au bout du tunnel.