LA VALEUR – Numéro 34: La deuxième vague déferle : qu’en est-il?

October 16 2020
CBB

Par: Brian Murphy

Cette année, l’Action de grâce a été une fête bizarre et pas des plus agréables pour de nombreuses familles canadiennes, et je pense que nous ne sommes pas près de l’oublier. D’un bout à l’autre du pays, on nous a demandé de limiter nos célébrations au strict minimum afin de contribuer à la lutte contre la pandémie de COVID-19.

Ceci est raisonnable compte tenu de la croissance du nombre de cas de COVID-19 au Canada. La semaine précédant l’Action de grâce, la moyenne nationale de nouveaux cas était de 2 200 par jour. Ceci n’est guère rassurant lorsque l’on sait qu’au début d’août, la moyenne quotidienne n’était que légèrement supérieure à 400 cas. Nous avons attrapé la deuxième vague, ou plutôt, c’est elle qui nous a attrapés.

Brian Murphy

Les experts de la santé nous avaient prévenus qu’il y aurait sans doute une seconde vague. Je me souviens particulièrement d’une entrevue de CBC News en juin avec le Dr Gabriel Leung, doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Hong Kong. Le Dr Leung a grandi au Canada et est l’un des plus éminents experts mondiaux en maladies infectieuses. Lors de l’entrevue, le Dr Leung a indiqué qu’une deuxième vague était « probablement une certitude statistique ». Il avait raison. Après une tendance à la baisse du nombre de cas cet été (certains jours en deçà de 200), il semble qu’un grand nombre d’entre nous avons relâché notre vigilance et augmenté nos contacts sociaux, et le virus a sauté sur l’occasion.

Le Canada n’est pas seul dans cette situation. L’Espagne, l’un des points chauds au début de la pandémie, semblait avoir maîtrisé la COVID-19 en juin, enregistrant plusieurs jours avec moins de 300 nouveaux cas. À la mi-septembre, l’Espagne a dénombré 14 000 nouveaux cas en un seul jour. Qu’est-il arrivé à son marché de l’automobile durant cette période? Comme vous l’imaginez sans doute, les ventes en ont subi le contrecoup, comme en font état les rapports de l’association de l’industrie automobile espagnole ANFAC. Après une hausse de 1,1 pour cent en juillet, les ventes ont chuté de 10 pour cent en août, puis de 14 pour cent en septembre. Que réserve l’avenir pour le secteur automobile canadien?

Si l’on regarde cette situation d’un point de vue purement économique, la deuxième vague (ou toute autre vague subséquente), selon le succès de nos efforts de lutte, entraînera une contraction de l’économie, ce qui se répercutera sur les ventes de véhicules. La production économique a peiné pour se remettre sur les rails, et l’explosion récente du nombre de cas entraînera un recul.

La fermeture d’entreprises en Ontario et au Québec en raison de nouvelles restrictions imposées en octobre entraînera une augmentation du chômage pendant au moins un mois, jusqu’à ce que les mesures soient relâchées (on l’espère). L’impact de tout ceci se fera sentir non seulement sur les portefeuilles des Canadiens, mais également sur leur état d’esprit. D’entendre l’actualité, on a l’impression que le ciel est en train de tomber. Il n’a pas été étonnant cette semaine de voir l’indice de confiance des consommateurs canadiens Bloomberg Nanos enregistrer la chute la plus marquée depuis avril, nous ramenant au point où nous étions à la mi-août lorsque le nombre de cas quotidien était beaucoup moins élevé. La confiance des consommateurs est normalement l’un des principaux moteurs de leurs dépenses. Si vous pensez que votre ménage est en péril financier, il va de soi que vous allez reporter l’achat d’un véhicule, à moins que la situation ne soit absolument critique.

La montée en flèche des cas de virus exerce une pression à la baisse sur la demande de véhicules, tant neufs que d’occasion. Plus la pandémie semblera hors de contrôle, plus le désir d’acheter des consommateurs en souffrira. Il s’agit là d’une mentalité de troupeau, mais c’est à la base de nombreuses théories et réalités économiques. Plus de cas de virus égale moins de ventes; ceci s’applique à de nombreux produits et pas seulement aux voitures.

La deuxième vague aura d’autres répercussions. Étant donné que moins de gens changeront de véhicule, l’approvisionnement en véhicules d’occasion sera réduit. La pénurie actuelle de ces véhicules contribue à maintenir des prix élevés sur le marché. Nous continuons également à voir des interruptions dans la production de véhicules neufs. Cette semaine, on a rapporté aux nouvelles que la production de la très populaire Corvette C8 de Chevrolet sera interrompue pendant une semaine en raison de pénuries de pièces. Nombre d’autres fabricants sont également touchés par ce problème. Les consommateurs qui comptent prendre livraison d’une voiture au premier trimestre de 2021 devraient la commander sans tarder. La pénurie de voitures neuves pourrait également aider les ventes de véhicules d’occasion, car certains consommateurs pourraient opter plutôt pour un modèle légèrement usagé.

Le Canadian Black Book est quelque peu préoccupé par les tendances et les résultats chez nos voisins du sud. Les exportations de véhicules aux États-Unis sont essentielles à la stabilité des prix ici au Canada. Si les exportations sont réduites de façon importante, les prix de gros le seront aussi. Au cours des six dernières semaines, les prix des voitures ont baissé aux États-Unis, et ceux des segments de camions sont en baisse depuis maintenant cinq semaines. La chute des prix du côté américain rend les exportations canadiennes moins désirables. Si la situation perdure, la demande d’exportation, et par conséquent les prix, pourraient chuter.

Selon les dernières données auxquelles j’ai accès, plus de 351 000 nouveaux cas de virus ont été déclarés aux États-Unis rien qu’en une semaine (selon le système de suivi des données sur la COVID de la CDC). Ceci a un impact énorme sur l’économie américaine et la demande de véhicules dans ce marché. Un ralentissement de la demande et une chute des prix sur le marché américain pourrait facilement se répercuter au Canada, car ce qui est mauvais pour l’économie américaine est souvent mauvais pour le Canada.

La deuxième vague ne sera peut-être pas la seule. Hong Kong par exemple, qui avait très bien réussi à contrôler le virus au début, subit aujourd’hui sa troisième vague. Si l’on déclare avoir maîtrisé le virus, les gens pourraient à nouveau laisser tomber leur garde, ce qui fera une fois de plus augmenter le nombre de cas. Le mieux à faire est de porter un masque, se laver les mains et rester à deux mètres de distance les uns des autres. Votre santé et celle de l’économie ont besoin de votre soutien. Il est à espérer qu’à l’arrivée de la nouvelle année, nous pourrons fêter en toute sécurité avec beaucoup plus de gens et que l’économie, y compris le secteur automobile, sera en position plus solide. D’ici là, les vagues rendront la navigation bien difficile.