LA VALEUR – Numéro 21: Le camion pleine grandeur se dépasse

September 19 2019
Michele Fariello

Bienvenue au Canadian Black Book – La valeur. Notre objectif est de fournir à nos clients et à nos partenaires des nouvelles, une mise à jour des événements, de nouvelles initiatives et l’opinion de la source de confiance du Canada pour les valeurs des véhicules et les perspectives automobiles. Vous trouverez ce qui suit dans ce numéro :

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Par: Brian Murphy

Voyez-vous plus de camions et de VUS sur la route dernièrement? Au risque de paraître évident, ce n'est pas du tout votre imagination. Ils sont partout et on dirait dans chaque entrée de garage.

Pour l’instant, la tendance dans le secteur de la vente au détail d'automobiles neuves au Canada pour l’année est 26 % pour les voitures et 74 % pour les camions/VUS /multisegments. Nous pourrions discuter longuement de la différence entre un camion et un VUS, mais au bout du compte, on ne peut nier que les consommateurs canadiens votent avec leur portefeuille depuis un bon moment sur ce point. Depuis quelques années, je m’attendais à 20 % de voitures et 80 % de camions/VUS /multisegments, et nous y sommes presque.

Si l’on se fie aux ventes de fin d'année pour l’année passée, il est très clair que les « vrais » camions (par opposition aux multisegments et VUS) sont populaires. De plus, pour être juste envers General Motors, si vous ajoutiez Chevrolet Silverado et GMC Sierra à 111 343 unités, cette gamme de produits serait alors en deuxième place dans tout le Canada. Pour mettre tout cela en perspective, la voiture la plus vendue, la Honda Civic, a réalisé des ventes de 69 005 unités. Notre nation aime vraiment conduire un gros camion!

Camions pleine grandeur les plus vendus au Canada en 2018*

Ford Série F : 145,694
RAM : 84 854
GMC Sierra : 56 246
Chevrolet Silverado : 55 097

Comme vous êtes nombreux à le savoir, les ventes de voitures neuves sont en baisse de 4,1 % cette année (Source : DesRosiers Automotive Consultants). Cela dit, quand on gratte un peu plus la surface, on constate que les camions légers, soit les camions, les VUS et les multisegments, n'ont perdu que 0,8 % de leurs ventes, alors que les voitures ont réalisé une perte de 15,7 %. Nous avons, semblerait-il, trouvé le proverbial « maillon faible » du secteur automobile canadien.

La montée en puissance des camions pleine grandeur n'est pas surprenante. Leur qualité en est la principale raison, ils sont tellement plus faciles à vivre qu'ils ne l'étaient. Les consommateurs en sont mordus. Je me souviens très bien d'avoir conduit la onzième génération (2004 à 2008) du camion Ford F150 pour la première fois. Ce fut là une expérience révélatrice. C'était un véhicule tellement agréable. Pour l'intérieur, je me souviens qu'ils l’ont comparé à une voiture européenne haut de gamme. Ils sont tous équipés jusqu’au cou, systèmes audio, conforts modernes et ils ont même le potentiel d’un excellent véhicule familial. L'époque d'une conduite à peine tolérable et de peu confort est depuis longtemps révolue. Si vous n'avez pas conduit de camion moderne dernièrement, vous êtes loin d’avoir tout vu.

De nos jours, les camions sont beaucoup plus écoénergétiques qu’auparavant, ce qui était l’un des principaux aspects négatifs. Compte tenu de leur masse et de leur taille, ils consomment plus de carburant que plusieurs des plus petites options sur le marché, mais les choses vont en s’améliorant. L’an 2019 a été une année volatile pour le prix de l'essence, et elle n'est pas terminée. Le prix de l'essence a commencé l'année au prix phénoménal de 1,00 $ le litre, avant de grimper rapidement à 1,30 $ en mai, puis de chuter à environ 1,14 $ le litre aujourd'hui. Un glissement de 30 %.

Au moment où j'écris cet article, une raffinerie brûle en Arabie Saoudite et les incendiaires restent officiellement inconnus. Un conflit au Moyen-Orient lié à une perte de production de pétrole brut sera certainement une des raisons impérieuses d’une nouvelle augmentation des prix. Des prix plus élevés, surtout s'ils semblent à long terme, pourraient contribuer à ce que les consommateurs abandonnent les camions sur les marchés des véhicules neufs et d'occasion.

Chaque année, Canadian Black Book mène un sondage auprès des consommateurs de véhicules canadiens avec IPSOS. Nous avons posé des questions sur la réaction des consommateurs à une augmentation de 0,25 $ du prix de l'essence. L'étude indique que 28 % des Canadiens envisageraient d'acheter un véhicule plus petit ou de changer le type de véhicule qu'ils achètent. À mon avis, cela montre bien que les consommateurs sont prêts à faire preuve de souplesse si le contexte du prix de l'essence change. Par contre, il faut noter que 27 % des consommateurs ont dit qu'ils ne changeraient pas leur décision d'achat.

Lorsqu'on fait référence à l'indice des valeurs retenues des véhicules d'occasion CBB, on constate que le segment des camions pleine grandeur, contrairement à l'indice des prix à l'échelle de l'industrie, n’a pas actuellement atteint un sommet historique en ce qui concerne la valeur retenue des véhicules de 2 à 6 ans. Ils ont atteint leur plus haut niveau historique de 108,6 il y a deux ans, en août 2016. Depuis lors, les valeurs ont chuté d'environ 4 %. Il ne s'agit que d'une légère baisse, mais les prix se sont ajustés à la baisse, ce qui, à mon avis, est attribuable à l'offre croissante aux États-Unis et au Canada.

Il est important de noter que les camions pleine grandeur sont encore plus sensibles aux facteurs économiques que les autres camions et VUS. Comme vous pouvez l'imaginer, si l'économie canadienne ralentit, les camions ne sont plus nécessaires pour livrer les marchandises et les services aux clients, ou encore, les exploitants de parcs de véhicules pourraient vouloir utiliser les camions qu'ils ont déjà plus longtemps pour économiser. Pendant la crise économique de 2009, le prix des camions était inférieur de plus de 40 % au prix d’aujourd'hui. Nous considérons dans cette analyse les variations de l'inflation et de l'année modèle, ce qui rend ce taux de 40 % aussi spectaculaire qu'il paraît.

Du point de vue de la valeur, les camions font boule de neige. Comme ils sont plus recherchés, les valeurs de gros augmentent, ce qui donne lieu à des valeurs résiduelles plus élevées, rend les camions très abordables pour la location, ce qui à son tour accroît le volume.

L’exportation de véhicules d'occasion canadiens vers les États-Unis est un autre facteur important qui aide à conserver le niveau élevé des prix des camions d'occasion et la vigueur du volume des ventes de camions neufs. Il est encore tout à fait possible d'exporter un camion presque neuf et de réaliser un profit de 10 000 $. Cette activité d'exportation a contribué à maintenir les valeurs élevées au Canada.

Compte tenu de tout cela, la principale préoccupation reste que si certains facteurs clés entrent en jeu, les camions seront beaucoup plus vulnérables à la pression à la baisse sur les prix. En fait, les camions pourraient être plus touchés que les voitures et les petits VUS et multisegments. Plus précisément, ces facteurs sont la hausse du prix de l'essence, le ralentissement économique et l'appréciation du dollar canadien. Si le prix de l'essence augmente rapidement et reste élevé, il est raisonnable de penser que les consommateurs rejetteront les camions pleine grandeur sur le marché de l'occasion, ce qui fera baisser les prix. De même, un ralentissement économique pourrait réduire la demande. Enfin, si le dollar canadien s'élevait au-dessus de 0,80 $US, l'activité d'exportation des camions vers le marché américain diminuerait rapidement.

Voilà des facteurs à considérer en réfléchissant à la valeur de votre camion quand vous serez au volant en rentrant chez vous ce soir, partageant la route avec de nombreux conducteurs de camions comme vous.

*Source : Automotive News Data Center